C du cirque? ou S de la danse?

Très très très beau festival organisé par la Ferme du Buisson, sur le thème du cirque et de la danse, "lorsque s'entrelacent les arts du mouvement jouant avec l'espace, l'apesanteur ou le vide".

Une magnifique découverte que cet endroit d'abord, aux portes de Paris dans le 77, à la programmation éclectique et aux tarifs vraiment abordables. Comme quoi il existe des initiatives vraiment intéressantes en dehors de Paris.

photo : Yolande Cartier

photo : Magali Bazi

Les spectacles enfin, avec tout d'abord la compagnie Yoann Bourgeois : Cavale, recherche de la base et du sommet.
Une scène en plein air, épurée, de blanc revêtue. Un duo de danseurs acrobates, un escalier, un ingrédient magique qui leur fait défier la gravité.
Atteindre ce fameux ""point de suspension" (endroit idéal lorsque l'envol d'un corps atteint son apogée et lorsque la chute n'a pas encore débuté)."

photo : bladsurb

Ensuite, ce moment rêvé (Rêvolutions) avec trois artistes exceptionnels sur scène : Akosh S. (saxophoniste)/ Jörg Müller (jongleur) / Ivan Fatjo (clown-danseur).

Un spectacle exigeant et inouï.

Le ton est donné dès les premières secondes. La salle est plongée dans le noir, le spectateur invité à ouvrir ses oreilles, affûter son ouïe, mobiliser toute son attention.
Plusieurs tableaux se succèdent, visuels mais surtout musicaux. Chaque instrument produit un son : le papier que l'on déchire, lentement ou furieusement, les petites clochettes, des tubes de bois, les impros folles du saxophone, la voix qui chuchote... Les sons s'accompagnent d'images, subtiles comme une photographie, impressionnantes comme un spectacle.
Les trois artistes ont chacun l'occasion de démontrer leur virtuosité, dans une écoute mutuelle et fertile, jusqu'au point d'orgue du spectacle, le moment où la salle fait silence, ou ce qu'on a devant les yeux fait évidence :

Si vous en avez l'occasion, je vous invite vraiment à découvrir le travail de ces compagnies, qui réinventent le spectacle en mélangeant les genres, et en faisant le pari de l'intelligence du spectateur.

Une soirée au Louvre

A l'occasion des nocturnes du vendredi du Louvre, on peut vagabonder de salles en salles à la recherche de danseurs sur le thème Amour A Mort cette année.

Prochaines occasions : les 10 et 17 février.

Le programme .

Orphée et Eurydice, Pina Bausch

Les bras de sirène de Marie-Agnès Gillot.
Le corps qui se tord, toujours, sur le côté, déhanché.
Le poignet qui effleure le sol et se casse.
Le travail du haut du corps et des bras, courant d'air fragile, rouleau de mer.
Le choeur grave, massé derrière les musiciens.
Les ensembles, corps et âme à leur danse.
Le duo en miroir, danseurs/chanteuses.

La danse en 2011-2012

Une petite pause dans Berlin, avec un début de sélection de spectacles de danse pour cette nouvelle saison, non-exhaustive, in progress...
Si vous avez d'autres pistes je suis preneuse!

Opéra de Paris

- Orphée & Eurydice, Pina Bausch / du 04 au 16 février 2012 (places réservables à partir du 05 décembre 2011 sur internet)
- répétition publique et gratuite le 21 janvier 2012, sur réservation

- Roméo et Juliette, Sasha Waltz / du 07 au 20 mai 2012 (places réservables à partir du 06 février 2012 sur internet)
- répétition publique et gratuite le 14 avril 2012, sur réservation

Théâtre de Chaillot

- Russell Maliphant Company / du 31 janvier au 10 février 2012 (réservable dès maintenant)
"Maliphant, un des meneurs de cette vague chorégraphique anglaise, choisit Paris pour la première d’un ballet inspiré par les sculptures d’Auguste Rodin."

- Inanna, Carolyn Carlson / du 15 au 17 février 2012 (réservable dès maintenant)
"Avec ce spectacle inspiré par la figure d’Inanna, divinité de Mésopotamie, Carolyn Carlson signe une pièce engagée et poétique."
- performance de Carolyn Carlson sur la thématique "Encre et calligraphie" au Musée Guimet le 16 février 2012 (gratuit, sur réservation)

- Mirror and Music, Saburo Teshigawara + Karas / du 29 au 31 mars 2012 (réservable dès maintenant)
"Mirror and Music voit le retour du Japonais Saburo Teshigawara avec une pièce de groupe. Une danse à voir et à entendre qui va emmener le spectateur au-delà du réel."

- Le Sacre du Printemps, Jean-Claude Gallotta / du 6 au 11 avril 2012 (réservable dès maintenant)
"Triple hommage à Igor Stravinsky en forme de pirouette signé Jean-Claude Gallotta : un Sacre du printemps tout feu tout flamme, précédé de deux courtes pièces, Tumulte et Pour Igor."

- Lalala Gershwin, José Montalvo et Dominique Hervieu / du 2 au 9 mai 2012 (réservable dès maintenant)
"José Montalvo et Dominique Hervieu continuent à rendre hommage à George Gershwin avec cette version jeune public de Good Morning, Mr. Gershwin : un idéal de musique qui colle à leur danse imagée."

Le CND

- Island of no Memories, Kaori Ito / du 25 au 27 janvier 2012
"Reconnue à 18 ans comme la meilleure jeune danseuse et chorégraphe au Japon, Kaori Ito intègre alors le Purchase College (New York) où elle étudie les techniques de Martha Graham, Merce Cunningham, José Limón et Lester Horton. Dès 2002, elle chorégraphie et interprète ses propres pièces. De 2003 à 2009, elle danse pour Philippe Decouflé, Angelin Preljocaj et Sidi Larbi Cherkaoui."

Centre Pompidou

- Violet, Meg Stuart / du 16 au 19 novembre 2011 (réservable dès maintenant)
"Figure majeure de la danse contemporaine, Meg Stuart développe dans Violet, sa dernière création pour cinq interprètes, une écriture chorégraphique fondée sur la gestuelle pure. Centrée sur l'énergie, les connections, les questions d'adaptation, de régénération, de destin, Violet est selon Meg Stuart l'une de ses pièces les plus abstraites. Nourrie du travail de Carsten Höller, auteur notamment d'une installation sur les champignons hallucinogènes, mais aussi de lectures sur le chamanisme ou encore sur l'alchimie et ses symboles, Meg Stuart appréhende cette pièce comme un parcours mental, un trip, une hallucination. Accompagnés par la musique live de Brendan Dougherty, ses danseurs y font l'expérience d'un voyage intense, physique et sans issue."

Théâtre de la Ville

- The Art of Not Looking Back / Uprising, Hofesh Shechter / du 14 au 29 février 2012 (billetterie le 24/01/12)
"La manière forte d’Hofesh Shechter, jeune chorégraphe et compositeur anglo-israélien, combine puissance plastique, danse survoltée et musique percussive avec un sens aigu de l’attaque du plateau. Pour son troisième passage au Théâtre de la Ville, il reprend Uprising (2006) (« insurrection », « soulèvement », en anglais), pièce pour sept hommes remontés à bloc. Le savoir-faire de Shechter s’y nervure d’imprévisibilité en jouant à fond l’effet « flash» et le montage rapide des séquences dansées. Au regard de ce volet masculin solidement balancé, The Art of Not Looking Back (2009), pour six femmes, s’annonce aussi violemment énergique. Très émotionnel aussi. Shechter y glisse des confidences autobiographiques sur sa mère et le vide que peut laisser l’absence maternelle chez un enfant. Un thème douloureux que les danseuses s’approprient avec témérité. Sophistiquée et contemporaine, tribale et viscérale, la patte Shechter risque encore de faire mal."

- 1980 - Ein Stück von Pina Bausch, Pina Bausch / du 20 avril au 04 mai 2012 (billetterie le 30/03/12)
"Une pelouse, une biche empaillée, un terrain de jeux pour danseurs sans entraves… Alors que le Tanztheater Wuppertal s’apprête, pour les Olympiades de Londres en 2012, à remonter dix pièces planétaires de Pina Bausch créées entre Viktor (1986) et «…como el musguito en la piedra, ay si, si, si… » (2009), c’est une autre reprise de choix qu’offre le Théâtre de la Ville avec 1980, Ein Stück von Pina Bausch, pièce charnière qui succéda au brutal décès de Rolf Borzik, le scénographe et compagnon de Pina. Congédiant radicalement tout souci plus ou moins narratif, la chorégraphe libère toute la potentialité d’un « théâtre de bribes » où les souvenirs de l’enfance, les rituels sociaux, le décalage entre l’authenticité des émotions et les conventions qui en polissent l’expression, composent l’extraordinaire cabaret kaléidoscopique des comportements humains. Mieux que quiconque, à l’époque de la création, Heiner Müller en avait perçu la portée : « Seule la nécessité grandissante de l’expérience authentique développe la faculté de regarder l’histoire dans le blanc des yeux, de dépasser la politique et peut-être d’inventer une nouvelle forme d’humanité »."

Miami City Ballet @ Théâtre du Châtelet

J'aime beaucoup le festival des Etés de la Danse, car il permet de découvrir des compagnies du monde entier (Canada, Cuba, Novossibirsk...) et donc des styles de danse et de danseurs très différents.

Cette année c'est le Miami City Ballet qui remporte un énorme succès (mérité) en présentant des oeuvres de Balanchine, Jérôme Robbins, Twyla Tharp, Wheeldon, Taylor.

J'ai eu la chance de voir Theme and Variations de Balanchine, sur une musique de Tchaikovsky.
On se laisse peu à peu aller à cette chorégraphie très musicale (c'est le propre de Balanchine qui visualisait la musique à travers les pas de ses danseurs) et la virtuosité de Jennifer Kronenberg (dans les solos et les pas de deux). Le final tout en ensemble est très jouissif.

Le petit moment suspendu de grâce vient avec In the Night de Jérôme Robbins.
Sur fond de nuit étoilée, trois couples dansent tour à tour au son des Nocturnes de Chopin, symbolisant les trois âges de l'état amoureux, du plus avancé au plus précoce.
Et là une magnifique danseuse se détache du lot : Jeanette Delgado, toute en énergie, puissance, sensualité.
Je regrette mille fois que les danseurs de l'Opéra ne dansent pas comme ça.

Je le regrette encore plus devant In the Upper Room de Twyla Tharp.
Quarante minutes de course effrenée, un vrai maranthon de danse, alternant passages sur pointes et en baskets, à l'énergie communicative.
Les danseurs semblent tellement heureux d'être sur scène et de danser, j'ai rarement vu ça.
Encore une fois je suis subjuguée par Jeanette Delgado et je perds le souffle en suivant le moindre de ses mouvements.
A la fin du spectacle, la compagnie est ovationnée, avec raison.

Soirée Mats Ek @ Opéra de Paris

La Maison de Bernarda, d'après une pièce de Federico García Lorca.

Réflexion autour des thèmes de l'oppression et de la liberté.
Une veuve tyrannique, Bernarda (dansée par un homme), impose un deuil de 8 ans à ses cinq filles.
Elles vivent recluses dans la maison, ne sortant que pour aller à l'église, vêtues de noir et d'un voile.
La plus jeune des cinq filles se rebelle et transgresse l'interdit : elle aime. L'issue ne peut être que tragique.

Sur fond d'orgues de Bach et de guitares espagnoles, Mats Ek construit une pièce dense et intense.
Alice Renavand domine la maisonnée dans le rôle de la servante, Kader Belarbi revient sur la scène de l'Opéra pour incarner Bernarda, Eleonora Abbagnato danse une juvénile et passionnée soeur cadette.

Une sorte de... est un songe de Mats Ek, inspiré de Magritte.

Univers surréaliste (un homme boit dans une chaussure, des ballons baudruches explosent, une femme dans une valise...) pour un propos très ancré dans la réalité : le couple et ses ressorts cachés.
Hyper visuelle, la mise en scène captive et habille la scène, elle est un support idéal aux danseurs.

Mouvements fluides du répertoire Mats Ek, duos inventifs et drôles.
Nolwenn Daniel et Nicolas Le Riche forment le premier couple, Miteki Kudo et Benjamin Pech le second.

Au final la scène se vide, ne laissant place qu'à la danse sur toute sa vertigineuse profondeur.

Photos : Anne Deniau

Romeo et Juliette / Pina

(Monique Loudières et Manuel Legris, interprètes idéaux)

C'est le retour de la danse par ici, avec pour commencer Roméo et Juliette de Noureev, joué en ce moment à l'Opéra Bastille.

La partition de Prokofiev me fait toujours autant d'effet, elle fait plus de 50% du boulot, elle installe l'atmosphère, guide les sentiments des personnages et les émotions du public.
Les décors et costumes sont sublimes, on se croirait vraiment dans la Vérone du XVIe siècle.
La mise en scène est très cinématographique et assez moderne, il y a finalement peu de danse comparé à d'autres ballets "classiques".

Le corps de ballet semble bien s'amuser à mimer la vendetta, le plateau s'anime réellement sous leurs pas.

En bref une belle soirée, qui confirme que ce Roméo et Juliette est bien mon ballet classique préféré.

La danse c'est aussi au cinéma, avec le documentaire de Wim Wenders sur Pina Bausch.

Passons sur l'inutilité de la 3D (mais qu'est-ce que c'est que cette mode?)...
On découvre quelques pièces maîtresses de l'oeuvre de Pina, à commencer par le Sacre du Printemps, puis Café Müller...

Les extraits de ballets, assez bien filmés (surtout le Sacre) sont entrecoupés de focus sur les danseurs de sa compagnie.
De très beaux portraits fixes sur ces danseurs hors du commun, qui font passer beaucoup d'émotions par leur seul regard.
Ce qui ressort de leurs mots, c'est que Pina savait déceler la beauté en eux et les poussait à tirer le meilleur d'eux-mêmes.

En sortant de la salle, on a une envie folle de voir ces pièces en vrai, dansées par ses danseurs...

La preuve en images avec le trailer du film :

Opéra de Paris : la saison 2011/2012

La saison prochaine est en ligne ici.

Moins intéressante que cette année à mon avis, je retiendrais en contemporain Orphée et Eurydice de Pina Bausch (il va encore falloir se battre pour avoir des places) et Roméo et Juliette de Sasha Waltz.

Côté classique, la magique Bayadère de Noureev.

bientôt à l'Opéra...

Je délaisse un peu la "grande maison" ces derniers temps.
C'était tellement galère d'obtenir des places sur leur site internet que j'ai même laissé tomber le Sacre du Printemps de Pina Bausch en décembre.

Je viens quand même de me ruiner avec quelques billets pour les mois à venir : Roméo & Juliette (mon ballet préféré de Noureev), La Maison de Bernarda (Mats Ek) et Rain (Anne Teresa De Keersmaeker).

Parce-qu'il n'y a pas que les concerts dans la vie! (dans la mienne en tout cas)

Kaguyahime de Jiri Kylian @ Opéra Bastille

Alice Renavand @ Anne Deniau

Une heure et demie hors du temps, nous voilà plongés dans un conte japonais...

Mais "Le conte du coupeur de bambou" n'est qu'un prétexte pour aborder un thème cher à Kylian, l'impossible harmonie...

De ce conte, il fait un poème dansé, porté par la musique extraordinaire de Maki Ishii.

On est submergés par le son : les tambours résonnent dans le théâtre et créent une matière vivante.
Les musiciens courent et investissent la scène, certains jouent majestueusement de leur instrument (ils seront très applaudis à la fin).

Du côté des danseurs, Alice Renavand est fragile et terrestre, toute petite et en courbes, précise et concentrée. C'est l'interprète idéale de cette princesse de la lune qui descend sur Terre pour la beauté du geste.

Encore 4 dates jusqu'au 15 juillet, si vous êtes curieux ça vaut le coup.
Je conseille de prendre des places pas chères dans le parterre, les dates sont loin d'être pleines et le soir-même vous pourrez sans doute vous rapprocher de la scène.

Babel (words) de Sidi Larbi Cherkaoui & Damien Jalet @ Grande Halle de la Villette

Attention : danse intelligente!!

Sidi Larbi Cherkaoui et Damien Jalet ont choici le mythe de Babel pour leur dernière création qui vient achever le triptyque commencé avec Foi et Myth.
Les trois pièces étaient présentées à la Grande Halle de la Villette fin juin-début juillet.

Je n'ai pas eu la chance de voir Foi et Myth, mais j'ai été éblouie hier soir par Babel (words).
La représentation était suivie d'une rencontre avec les artistes, un dialogue d'une heure avec Damien Jalet, deux danseurs et une musicienne.

Je ne savais pas à quoi m'attendre, n'ayant jamais vu leur travail et n'ayant rien lu dessus avant.

Une douzaine de danseurs sur scène, tous de nationalités différentes (Québec, Japon, Italie, Inde...), pour réaliser un seul pari : trouver un langage commun, un territoire d'entente.

Le rythme d'abord.
Sur des musiques vivantes et jouées sur scène, tous se servent de leurs "backgrounds" différents pour participer, proposer, danser ensemble. Ces horizons divers sont réunis en un même lieu : le lieu de la danse.
Un danseur fera cette remarque après le spectacle : c'est parfois difficile de se comprendre quand on ne parle pas la même langue et qu'on n'a pas la même sensibilité culturelle ou artistique. La danse et la musique (qu'on pense souvent comme des langages universels) ont aussi leurs codes, et pour danser ensemble il faut d'abord s'apprivoiser.
Au départ, chacun dessine son territoire au sol, bien aligné face au public.
Ensuite les lignes se croisent, les espaces s'emboitent, notamment grâce à un personnage hors du commun : le décor.

Il faut saluer le travail passionnant d'Antony Gormley qui a créé pour cette pièce 5 structures métalliques émotives et touchantes. Ou comment quelques tiges de métal dispersées sur la scène deviennent un danseur à part entière, qui bouge en harmonie avec des danseurs de chair.
On imagine le casse-tête pour apprivoiser ces cubes géants, aux volumes identiques mais aux dimensions diverses : pour les chorégraphes (comment les emboîter et les faire bouger pour que cela fasse sens?) et pour les danseurs (le mouvement doit paraître naturel & fluide, tout en dansant autour et dedans).

Damien Jalet nous dira ensuite qu'ils ont cherchés des danseurs à la technique bien "ancrée dans le sol" plutôt que fluide et légère.
On peut le comprendre quand on assiste à cette expérience physique intense, cette danse qui résonne dans l'espace comme une transe et qui nous laisse aussi essoufflés que les danseurs.
On apprend aussi qu'à l'issue des trois mois de travail préalables, la compagnie disposait de 3h de matériel, finalement ramenées à 1h45 (pour un spectacle plus digeste sans doute, mais on a très envie de voir le reste!).

La danse est parfois interrompue pour laisser place à la parole (souvent avec humour).

Cherkaoui et Jalet s'intéressent notamment aux neurones miroir (qui se réveillent lorsque quelqu'un exécute une action ou observe un autre individu exécuter la même action : "en neurosciences cognitives, ces neurones miroirs sont supposés jouer un rôle dans des capacités cognitives liées à la vie sociale notamment dans l'apprentissage par imitation, mais aussi dans les processus affectifs, tels que l'empathie"- merci Wikipédia).
Ce développement est particulièrement bien trouvé et colle parfaitement au thème de Babel.
Il trouve même un écho émouvant dans le public qui expérimente une réelle empathie avec la troupe : on est emportés dans cette spirale, exaltés, à bout de souffle comme les danseurs.

On pourrait écrire un roman sur cette pièce... je laisse pas mal d'aspects tous aussi intéressants de côté, j'en ai déjà écrit une bonne tartine...
Je vous conseille vraiment d'y aller, c'est jusqu'au 7 juillet.

Sinon, séances de rattrapage du 13 au 15/01/2011 à la Maison de la Danse à Lyon.

Une belle galerie de photos ici.

Orphée @ Théâtre National de Chaillot

Oyez oyez!!

Amis, si la danse contemporaine vous intéresse de loin, mais qu'elle vous fait un peu peur... si vous la regardez d'un oeil suspicieux, comme une drôle de chose pas ragoûtante...

... allez voir Orphée de José Montalvo et Dominique Hervieu au Théâtre National de Chaillot.

Ce spectacle va vous réconcilier avec cet objet bizarre qu'est la danse contemporaine.

En 1h15 de temps, ce n'est pas que de la danse qui occupe la scène, c'est un émerveillement complet, le genre qui vous fait monter des larmes hystériques en deux secondes.

Le casting est époustouflant : des danseurs à forte personnalité et polyvalents (genre: chanteurs d'opéra), du hip hop, un échassier qui fait des saltos, un danseur unijambiste dans le rôle du héros, des montages vidéos en miroir et/ou en décalage, du souffle, des cris, des chansons, des petits pas à profusion, de la danse africaine, de la joie de vivre, de la joie pour le spectateur... de la magie en fait.

Si vous êtes un peu curieux, un seul mot : foncez!

crédit photo : Laurent Philippe / fedephoto.com

Une petite vidéo :

Spectacles Sauvages @ Regard du Cygne

Un des très bons côtés de mon récent emménagement à Paris, c'est de pouvoir profiter des soirées dans la capitale, découvrir des lieux, des artistes...

Une première hier soir dans le XXe, au Studio Le Regard du Cygne, un ancien relais de poste caché derrière une porte cochère en métal. L'endroit est géré par l'Association Musique Danse XXe, dans une ambiance très cool : on se promène pieds nus dans la petite cour pavée et l'on peut même prendre un verre au petit bar en attendant le début du spectacle.

photo : Anne Girard

Une belle découverte pour moi ce soir : le duo Pour la beauté du geste avec Sharath Amarasingam et Fabio Bello, deux danseurs très complémentaires... De style contemporain, leur création touche au hip hop et à la danse indienne de manière subtile.
Les plus beaux moments sont ces sourires qui naissent spontanément sur leurs visages quand le dialogue se fait plus intime et rapproché...
Un vrai marathon, les deux danseurs terminent à bout de souffle et l'on a irrésistiblement envie de les rejoindre sur scène dans un élan joyeux!

photo : Nina Hernandez

Un autre moment très fort, la création de Tatiana Julien, danseuse au CNSMDP : Eve sans feuille et la cinquième côte d'Adam.
Quelques minutes qui tranchent avec le reste de la soirée.
Une danse plus cérébrale et en même temps viscérale. Répétitive. Sensuelle.

Trois danseuses contre un mur face au public. Trois musiciens disséminés sur le plateau : pianiste, guitariste, chanteur.

Quelques réactions dans la salle à l'entrée des danseuses. J'entend chuchoter derrière moi "oh non, je ne supporte pas quand il y a de la nudité, ça me bloque."
Deux danseuses ont effectivement les seins nus, mais aucune vulgarité... c'est justement le propos de la pièce... je ne comprends pas ce genre de réaction... surtout de la part d'un public qui vient voir de la danse contemporaine dans un lieu assez confidentiel...
En même temps c'est intéressant, ça fait réagir et ne laisse pas indifférent...

Siddharta @ Opéra Bastille

J'avais vraiment hâte de voir la dernière création de Prejlocaj pour l'Opéra de Paris, inspirée de la quête spirituelle de Siddharta (aka Bouddha).

J'en ressors un peu mitigée, le ballet est un peu inégal.

Décors, costumes, lumières sont superbes et font une forte impression.
Le plateau de Bastille est vraiment habité par la mise en scène, un peu moins par la danse.

Le thème du ballet est un rêve pour tout chorégraphe. Il permet une réflexion sur le corps et l'esprit, comment ceux-ci peuvent cohabiter, ou pas.
Or Prejlocaj semble parfois peu inspiré... Je me suis un peu ennuyée, notamment sur les ensembles au début du ballet (moins à la fin).
Les séquences chorégraphiées sont parfois répétées deux ou trois fois de suite, comme s'il fallait combler la musique jusqu'au bout sans trop se fatiguer à inventer de nouveaux gestes...

Les passages de l'Eveil (incarné par Aurélie Dupont, que j'adore d'habitude) sont déconcertants.
Tout les ingrédients sont là pour que ce soit sublime : danser une idée plutôt qu'un personnage, dans ces voiles légers et vaporeux, auréolée de lumière...
L'Eveil ne réussit pas à m'éblouir malgré tout cela... aucune énergie dans la danse (la chorégraphie est lente et moelleuse, mais le rendu est mou...), je m'ennuie (et on dirait qu'elle aussi s'ennuie).

Heureusement, quelques moments plein de grâce me sortent quand même de ma torpeur!

- La scène de l'épidémie, avec des corps à corps en duos alliant un vivant / un mort. Fascinant de voir ces danseurs jouer la mort, pantins désarticulés dans les bras de leurs partenaires, leurs membres retombant lourdement sur le sol, inanimés.

- Siddharta courant après l'Eveil en pure perte, vision féérique qui s'envole très haut (un clin d'oeil aux sylphides et aux willis?).

- Siddharta et son compagnon cédant aux plaisirs de la chair sur une structure suspendue (le châssis d'un camion semble-t-il) et mobile, dans un va et vient lent et suggestif. Quelle drôle de sensation cela doit être de danser sur un support mouvant.
Les duos sont envoûtants, érotiques, sensuels mais jamais vulgaires (grande spécialité de Prejlocaj).

- Juste après, les deux danseurs nous livrent une performance pleine d'énergie, au seul son des tambours, sur un plateau dépouillé de tout artifice... Juste deux corps fous, musculeux, qui s'élançent aux quatres coins de la scène avec fougue, dans une mortification désespérée nous laissant, comme eux, haletants.

D'une manière générale je trouve qu'il réussit vraiment les duos masculins. Ils donnent une énergie folle aux danseurs et sont assez inventifs (le coup des vestes qui se retournent et lient les bras deux danseurs par exemple).

Un petit mot sur la musique, assez monotone, je comprends que beaucoup n'aiment pas.
Les passages à la guitare électrique m'ont un peu surprise au début, je ne savais pas trop si j'aimais ou pas, et puis finalement on n'a pas souvent l'occasion d'en entendre à l'Opéra alors je n'ai pas boudé mon plaisir.

photos : Anne Deniau pour l'Opéra de Paris

Les danseurs qui sortent du lot : Alice Renavand, une danseuse faite pour le contemporain (on ne peut pas en dire autant de tous les danseurs de l'Opéra, globalement très classiques...). Quand elle entre en scène on ne voit qu'elle.
Nicolas Le Riche, royal, puissant, animal... bon OK je ne suis pas objective!
Wilfried Romoli, qui en quelques minutes seulement habite complètement la scène dans le rôle du Roi/ père de Siddharta, engoncé dans sa chrysalide dorée.

Peut-être faudrait-il revoir le ballet pour l'apprécier encore plus... ça tombe bien l'Opéra faisait une captation hier soir, probablement celle diffusée sur Mezzo le 9 avril à 19h30...
Je suis curieuse de voir ce que ça peut donner à l'écran.

Mouvements Pétrifiés @ Nocturne du Louvre

PERFORMANCE / SOIRÉE EXCEPTIONNELLE : "Mouvements pétrifiés"
Carolyn Carlson au Louvre
En complicité avec les danseurs du Junior Ballet contemporain, les chorégraphes Carolyn Carlson et Larrio Ekson dessinent un parcours chorégraphique sensible parmi les sculptures et les vestiges médiévaux du Louvre.